mardi 23 janvier 2007

La matière de Bretagne

La matière de Bretagne


On donne le nom de matière de Bretagne à un ensemble de légendes et de chansons, diffusées à l'origine par des jongleurs gallois et armoricains, et qui alimentèrent, entre 1150 et 1250 environ, un certain nombre de romans appelés romans bretons. Cette matière se caractérise par la présence de thèmes merveilleux qui trahissent un fond païen et un mysticisme proprement celtique. La matière de Bretagne connut une fortune littéraire considérable après la publication en français de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, qui rendit populaires, avant 1150, des personnages comme le roi Arthur et Merlin l'Enchanteur. Les romans bretons font, avec les romans antiques (la «matière de Rome»), partie d'un ensemble qui se distingue de la chanson de geste (la «matière de France») par l'emploi de l'octosyllabe à rimes plates, puis de la prose, et par une inspiration qui cesse d'être nationale.

On compte trois grands cycles de romans bretons.

Le premier comprend les lais, inspirés par le répertoire des jongleurs bretons et les lais de Marie de France, écrits vers 1175. À ce premier cycle, consacré à l'amour, se rattachent également tous les romans inspirés par le personnage de Tristan.

Le deuxième cycle a pour figure centrale Arthur ou Artus, roi légendaire de Bretagne, entouré de sa cour de chevaliers: c'est le cycle de la Table ronde qui déroule la série des «aventures» chevaleresques. Le Roman de Brut (1155) de Wace est le premier roman à présenter les personnages et le décor féerique de ce cycle. Mais c'est Chrétien de Troyes qui a rendu célèbre la matière de Bretagne avec des récits qui seront imités dans toute l'Europe: Erec (v. 1162), Cligès (v. 1164), Yvain ou le Chevalier au Lion (v. 1170) et surtout Lancelot ou le Chevalier à la Charrette (v. 1168, terminé par Godefroy de Lagny). Toutes les aventures des chevaliers, dont Lancelot est le type, sont placées sous le signe de l'amour courtois.

Le cycle du Graal, enfin, s'ouvre sur l'énorme poème de Perceval (63 000 vers), commencé par Chrétien de Troyes vers 1182. Il ne s'agit plus ici d'aventures et d'amour courtois, mais de quête et d'amour divin. Dans la suite du Perceval, composée par plusieurs auteurs, dont Wauchier de Denain, cette tendance mystique ira en s'accentuant.

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